Sœur Emmanuelle à notre renfort

A ma Sœur Emmanuelle…

Et même après sa mort, forte de sa présence, elle dort encore dans mon cœur. Le 9 mai 2020 vers 17h, ma petite protégée Aurélie B. rédactrice en chef du journal abrasif, me recommande avec insistance de regarder des interviews TV de Sœur Emmanuelle. Aussitôt, mon âme, tout mon être, mon esprit et ma sensibilité se mettent d’accord. Ma sœur sera le pilier de notre journal et je regarderai l’intégralité de ses passages à la télévision. Ma croyance en Dieu reste toujours mince, mais mon assurance et ma confiance en moi n’ont jamais été aussi robuste.

C’est l’histoire que raconte Sœur Emmanuelle dans une interview TV sur KTO, une anecdote majeure qui m’a interpellée, à tel point que je m’en suis souvenu à la fin de l’émission, je l’ai même carrément mémorisé instantanément. Celle d’un enfant qui entame une action extraordinaire, celle de remplir un trou dans le sable par de l’eau de mer à l’aide d’un coquillage comme seul maigre récipient. Bien sûr, j’ai compris beaucoup de choses et j’ai interprété cette histoire à ma manière. Cet enfant n’est pas un imbécile ni même un rêveur, c’est un homme d’action qui réalise un long et dur labeur avec une joie immense. Le journal abrasif est ce coquillage qui remplira l’esprit de tous les lecteurs de notre mère la Terre avec des vérités, des revendications, avec joie et plaisir. Oui, nous rédigeons de façon corrosive, mais toujours avec l’espoir de modifier les mentalités, de provoquer une réaction pour un but ultime, l’action.

La précarité extrême, je l’ai vécu avec horreur et peur. Sans le sou et sans de quoi me nourrir, et ce pendant des mois interminables. Malheureux, et sans espoir, j’étais foutu. Je ne servais à rien et souhaitais mourir. S’en est passées des années à bouffer de la vache enragée, voire même de la merde. Sœur Emmanuelle m’aurait surement sauvé, mais je ne la connaissais pas, du moins, je ne l’avais jamais vu, ni en vrai, ni même à la télévision. J’ai donc remonté la pente seul et avec beaucoup de dégâts, mais je me suis acharné à résoudre tous mes problèmes car j’avais la solution, le travail. J’aime le travail et c’est une joie très intense d’opérer une bonne action. Aujourd’hui Sœur Emmanuelle n’a fait que confirmer ce que je savais déjà. L’ennui, c’est que je connaissais les vérités qui erraient dans ma tête sans maîtrise et avec un doute, un manque de confiance en moi. Ma Sœur a révélé en moi une force capitale et unique, celle de croire en moi et en l’humanité.

Il faut débuter par le commencement et l’objectif du journal abrasif pour comprendre pourquoi je me bats avec un tel acharnement sur les réseaux sociaux, internet, blogs et forums pour parler des oubliés du système. Les invisibles sont la priorité de ce webzine corrosif. J’ai engagé ce combat seul et dans le confort absolu. Nourri, logé, blanchi, soigné, je vivais une vie de château. Hospitalisé en clinique psychiatrique depuis 5 ans, il m’était impossible d’être un homme de terrain. Alors j’ai conçu ce journal pour faire du bruit, seule chose que je pouvais faire d’utile. Malheureusement le bruit ne suffit pas et le vacarme non plus, il faut transformer tout cela en action. Je prépare une action sans précédent dans ma vie, celle de faire évoluer un journal gratuit et sans publicités pour les oubliés devant un ordinateur et sur le terrain. Pour cela, j’ai créé les fondations (le site) en travaillant de jour comme de nuit, 20h sur 24, 7j sur 7, jours fériés, réveillon de noël et jour de l’an, soit un an de travail non stop. J’ai composé mon armée de 18 rédacteurs bénévoles. Aujourd’hui, le journal abrasif est prêt pour le combat, celui de financer un projet d’aides aux personnes dans le besoin et dans une précarité extrême. Comme il n’y a aucun espace publicitaire à vendre chez nous, je refuse la publicité intrusive pour nos lecteurs, et que le journal est gratuit, c’est mon premier livre témoignage sur la psychiatrie, la psychothèque, qui financera avec mes royalties notre bataille, celle de descendre dans les rues pour interroger les personnes invisibles, trop souvent oubliées par les médias. Le projet est encore flou, car c’est en équipe que cela se travaille, mais le journal abrasif est au point à 100% pour toutes les revendications des oubliés.

Ce n’est peut-être pas une vie satisfaisante de vivre en psychiatrie toute l’année, mais j’éprouve une joie immense de travailler pour le journal abrasif et d’avoir une petite amie merveilleuse. Même mes atroces douleurs physiques et mentales ne m’atteignent pas moralement. Je souffre avec le sourire, car j’ai la chance de vivre heureux. C’est une boucle paradoxale, certes, mais elle me convient parfaitement.

A ma Sœur Emmanuelle…

Lionel Belarbi